Pendant longtemps, l’entraîneur de football a été perçu comme celui qui donne les consignes, corrige, décide de tout. Un rôle central, parfois autoritaire, souvent très directif. Mais le football – et surtout la formation des jeunes joueurs – a évolué. Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de faire jouer ou faire gagner, mais de faire progresser, faire comprendre et faire grandir. Passer d’une posture de contrôleur à celle de formateur, c’est l’un des plus grands leviers de progression pour un entraîneur moderne.
Faire évoluer sa posture d’entraîneur : du contrôleur au formateur
Le modèle du contrôleur : efficace à court terme, limitant à long terme
La posture du contrôleur est encore très répandue. Elle repose sur plusieurs caractéristiques :
- L’entraîneur parle beaucoup, les joueurs écoutent
- Les consignes sont précises, parfois rigides
- L’erreur est immédiatement corrigée
- Les décisions viennent presque toujours du banc
- Le joueur applique, mais réfléchit peu
👉 Cette posture rassure l’entraîneur et peut donner des résultats rapides, notamment chez les plus jeunes.
Mais elle comporte aussi des limites importantes :
- Les joueurs deviennent dépendants du coach
- La prise d’initiative est faible
- La compréhension du jeu progresse lentement
- En situation imprévue, les joueurs sont perdus
À long terme, ce modèle freine l’autonomie et l’intelligence de jeu.
Le formateur : un entraîneur qui développe des joueurs… pas seulement une équipe
Être formateur ne veut pas dire être laxiste ou moins exigeant.
Au contraire : c’est changer la manière d’exercer son exigence.
La posture du formateur repose sur plusieurs piliers :
- Faire réfléchir avant de corriger
- Donner du sens aux consignes
- Accepter l’erreur comme une étape d’apprentissage
- Responsabiliser les joueurs
- Transmettre des valeurs, pas seulement des schémas
Un entraîneur formateur se pose souvent cette question :
“Qu’est-ce que mon joueur est en train d’apprendre, au-delà de l’exercice ?”
Pourquoi cette posture est essentielle chez les jeunes joueurs
Chez les enfants et adolescents, l’entraîneur a une influence énorme, souvent sous-estimée.
a) L’exemplarité avant le discours
Les joueurs observent :
- ta manière de parler
- ta gestion des émotions
- ton attitude face à l’erreur, à l’arbitre, à la défaite
👉 Un entraîneur qui maîtrise sa posture enseigne sans parler.
b) Le développement de la confiance
Un joueur à qui on laisse le droit :
- d’essayer
- de se tromper
- de proposer
… développera plus facilement :
- la confiance en lui
- la prise d’initiative
- la créativité
c) Une meilleure compréhension du jeu
En questionnant plutôt qu’en imposant, tu aides le joueur à :
- lire les situations
- comprendre le pourquoi
- transférer ses apprentissages en match

Passer concrètement du contrôleur au formateur
Changer de posture ne se fait pas du jour au lendemain.
Voici des leviers simples et concrets à mettre en place.
Poser des questions plutôt que donner des réponses
Au lieu de dire :
“Tu dois jouer plus vite”
Essaye :
“Quelles options avais-tu ici ?”
“Qu’est-ce qui t’a empêché de jouer plus vite ?”
👉 Le joueur devient acteur de sa progression.
Accepter l’erreur… mais l’encadrer
L’erreur n’est pas un problème si :
- elle est expliquée
- elle est contextualisée
- elle n’est pas stigmatisée
Un bon formateur distingue :
- l’erreur d’apprentissage
- du manque d’implication
Donner des responsabilités aux joueurs
Quelques exemples simples :
- un joueur responsable de l’échauffement
- un capitaine qui gère un temps mort
- un groupe qui choisit une règle de jeu
👉 La responsabilité développe la maturité.
Parler moins… mais mieux
Un message clair vaut mieux que :
- dix consignes
- cinq corrections simultanées
- des cris constants
Pose-toi cette question :
“Est-ce que ce que je vais dire aide vraiment le joueur à progresser ?”
Le rôle éducatif de l’entraîneur : souvent sous-estimé, toujours déterminant
Un entraîneur de jeunes :
- transmet des valeurs
- apprend la gestion des émotions
- enseigne le respect, l’effort, la persévérance
Parfois, sans s’en rendre compte, il marque un joueur pour des années.
👉 La posture du formateur, c’est aussi accepter que ton impact dépasse le terrain.
Ce que gagnent les entraîneurs qui évoluent dans leur posture
Les entraîneurs qui font ce virage constatent souvent :
- des joueurs plus investis
- un climat d’équipe plus sain
- moins de tensions avec les parents
- une fatigue mentale réduite
- plus de plaisir à entraîner
Former, c’est aussi se préserver.
Conclusion : entraîner, c’est influencer
Passer du contrôleur au formateur, ce n’est pas perdre de l’autorité.
C’est gagner en impact.
Le football moderne – et surtout la formation – a besoin d’entraîneurs capables :
- de guider sans brider
- d’exiger sans écraser
- de corriger sans décourager
👉 Faire évoluer sa posture, c’est faire évoluer ses joueurs.
Et souvent, c’est aussi se redécouvrir comme entraîneur.





