Paroles d’entraîneur : Sébastien Mahé – 2ans après (part 3)

Suite et fin de mon entretien avec Sébastien Mahé. Dans cette troisième partie(part 1 part2) l’entraineur Breton évoque avec nous les progrès tactiques effectuées par son équipe. Il nous fait découvrir sa philosophie de jeu et nous parle du fait paradoxal de n’avoir jamais joué en seniors. Comment cela a-t-il été accueilli par ses joueurs, comment fait-il pour apporter de la crédibilité à son exercice ? Enfin nous évoquerons le futur et l’évolution de sa carrière d’entraineur.

Au niveau tactique, comprennent-ils mieux les principes ou au contraire ont-ils du mal avec des idées nouvelles, étant ancré dans des certitudes?

D’un point de vue tactique, l’homogénéisation du groupe a été longue. Nous en avons souffert la saison dernière ! Notamment sur les postes excentrés où nous avons fait du bricolage ! Cette saison, c’est plus simple car les 6 nouveaux arrivants sont passés par des préformations solides: Ménimur, le VOC ou La Montagne. Ils sont arrivés dans un cadre alors que la saison dernière nous sommes partis de loin. Le collectif a pris forme très rapidement alors que l’an dernier à la même époque nous nous cherchions encore. Cette saison nous avons une capacité d’adaptation à l’adversaire et aux faits de jeu bien meilleure. Depuis deux ans, ce groupe est très à l’écoute et ne rechigne jamais à l’entraînement. Pourtant, je ne suis pas toujours facile mais les joueurs respectent les orientations.

L’aspect tactique est un perpétuel chantier dans une équipe. Il y a des éléments faciles à intégrer et d’autres plus complexes comme la réactivité au moment des transitions. Le mouvement à la récupération du ballon et le replacement ou le pressing immédiat à sa perte étaient des éléments abstraits pour beaucoup de joueurs en début de saison dernière. Le travail paie cette saison même si nous avons réalisé de belles prestations d’un point de vue technico-tactique déjà l’an passé.

Ont-ils les mêmes ambitions ? Recherchent-ils la même chose dans la pratique du football ?

Non, c’est totalement différent. Le joueur de U19 DH sort d’un parcours élite en jeunes avec de l’ambition mais surtout des rêves. Il se projette sur l’équipe première de son club ou même encore plus haut. Il est frais et se sent prêt à faire des sacrifices pour jouer le plus haut possible.

En séniors, il y a des jeunes joueurs. Parmi eux, certains sont contents d’être là, d’autres souhaitent se servir de cette étape comme d’un tremplin. Le joueur sénior a des contraintes que les jeunes n’ont pas. Le football n’est souvent plus une priorité. C’est un loisir pour compléter la vie de famille et l’activité professionnelle. Cependant, à Carnac, j’ai la chance de gérer un groupe de gros compétiteurs. Une fois sur le terrain, il n’y a plus que le foot qui compte mais on ne va pas se mentir, la notion de plaisir prédomine sur l’ambition.

Est-ce que tu as modifié ta façon de parler ? As-tu dû adapter ton discours ?

Non en jeunes ou en séniors « il faut appeler un chat, un chat ». Mon discours évolue mais les lignes directrices ne changent pas. J’emploie les mêmes termes et quand je sens qu’il faut mettre un tampon je ne prends pas davantage de gants. Je suis quelqu’un d’assez sanguin dans le vestiaire, je reste incapable de mentir à un joueur. S’il est à côté je ne vais pas lui dire que je suis content !

Seb-MahéQuelles sont les principales différences entre la gestion de joueurs u19 et de seniors ?

Quand tu entraînes des jeunes, tu dois avoir une certaine logique. Le sentiment d’injustice est le pire pour un jeune joueur, tu peux le dégoûter de sa passion s’il sent que tu ne crois pas en lui. Tu dois t’appuyer sur la présence et l’investissement des gars lors des séances de la semaine. Ainsi, tu as une logique que les jeunes comprennent. Ils rentrent dans le système. C’est une ligne directrice, une éducation footballistique en quelque sorte. En séniors, tu ne peux pas raisonner de la même manière. Si tu gardes la même logique, tu privilégies les joueurs les plus présents. C’est une logique humaine ! Seulement, en séniors, il faut prendre en compte d’autres paramètres. Les gars ont une vie de famille avec des enfants ainsi que des contraintes professionnelles. En plein hiver, quand certains de mes joueurs ne viennent pas à l’entraînement parce qu’ils ont travaillé dans le froid et sous la pluie toute la journée, je les comprends. A Carnac, nous avons un fossé entre les deux équipes. Seuls quelques joueurs peuvent faire la passerelle entre la B et la A. C’est difficile pour les gars car ils font des bons matchs en D2 mais ils doivent comprendre que c’est pas parce qu’ils brillent en D2 qu’ils peuvent en faire de même 5 divisions au dessus. Autrement dit, je m’appuie sur un groupe stable. Je n’exclue pas la concurrence mais les 5 divisions entre les 2 équipes sont rédhibitoires pour 80% des gars. En séniors, à partir du moment où les joueurs sont investis, tu dois accepter qu’ils aient des absences physiques. Tu dois respecter une logique sportive, une logique de résultat et faire jouer les meilleurs. Tu ne peux pas faire plaisir à tout le monde ! Par contre, rien ne t’empêche de récompenser les gars méritant sur la coupe de Bretagne ou les matchs amicaux.

De même, en jeunes, les joueurs jouaient au minimum une mi-temps. Là ce n’est plus possible. C’est malheureux mais parfois, tu dois sacrifier un gars et ne le faire jouer que quelques minutes. On peut se dire que c’est cruel, qu’on est en amateur, etc… mais si tu fais des choix à l’encontre du jeu tu pénalises ton équipe. Tu ne peux pas compromettre les efforts de 12 gars pour faire plaisir à un ou deux joueurs. Chaque choix doit allier la logique humaine et la logique sportive mais c’est bien la seconde qui prédomine.

Au niveau relationnel as-tu du mettre des barrières avec ces joueurs qui ont à peu près ton âge ?

C’est vrai que je suis quasiment de la même génération que 75% de mon groupe. Je ne parle même pas de mon groupe B où la moitié des joueurs est plus âgée que moi.

Je n’ai pas eu à fixer de limites ! Je suis très proche de mes joueurs sur le terrain et même dans la vie de tous les jours. Ils savent qu’au foot il n’y aura pas de passe-droit et même si mes choix sont parfois à l’encontre de leurs intérêts personnels, je ne ressens aucune animosité ni aucune rancœur de leur part. Ils arrivent à faire la part des choses entre l’homme et l’entraîneur.

C’est également valable pour mes deux frères qui évoluent dans cette équipe de DSR et qui sont conscients que pour jouer ils doivent être meilleurs que la concurrence. Depuis le début de l’aventure, aucun choix n’a été contesté. J’ai un groupe en or !

Interview Sébastien Mahé entraineur du Fc CarnacTu arrives des jeunes, avec aucune expérience en seniors, tu n’as jamais joué à ce niveau, est-ce que tu as le sentiment d’avoir dû prouver ta valeur auprès de ton groupe ? As-tu été un peu testé ?

C’était un peu une interrogation pour moi. Je me demandais comment j’allais être accepté par les joueurs. Certains ont évolué en CFA ou CFA 2 et le fait d’être entraînés par un « novice » dans la catégorie séniors aurait pu poser des problèmes d’égo. Pourtant, je suis tombé sur un groupe concerné et attentif à mon discours. Les joueurs m’ont témoigné beaucoup de respect dès le début de la saison. J’ai même pu m’appuyer sur ces joueurs qui m’ont soutenu tout au long de la saison.

Le fait de ne pas avoir joué en séniors n’est pas rédhibitoire pour entraîner. La maison de mes parents est mitoyenne avec un terrain de foot. J’entraîne depuis que j’ai 13 ans et ai eu l’occasion de côtoyer d’excellents éducateurs jeunes et entraîneurs séniors. J’ai passé un nombre d’heures incalculable sur le rectangle vert, ce que je sais, je l’ai appris sur le terrain pas dans des livres ou à la télé. Jamais un joueur ne m’a mis en porte-à-faux par rapport à mon CV de joueur.

Pour ce qui est d’avoir été testé, je n’ai eu qu’un unique accroc au cours de la saison passée. Plus une anecdote qu’un accroc d’ailleurs ! Un joueur évoluant en B depuis plusieurs années s’est vendu comme un joueur de A, capable d’évoluer à tous les postes prétextant avoir été spolié par mes prédécesseurs. La dite « pépite » a été compliquée à gérer mais je pense que c’est le lot de chaque entraîneur d’avoir un ou deux éléments très égocentriques qui se surévaluent de 4 ou 5 divisions. Le Zidane du pauvre 🙂

As-tu conservé ta philosophie de jeu ? Ou, l’as-tu adapté ?

Je n’ai jamais eu de schéma sur le long terme. J’aime changer, travailler sur différentes organisations. Toutefois, j’avoue avoir plus de facilités pour mettre en place une animation offensive qu’une défense. Il y a un point commun dans toutes mes années d’entraînement: les ailiers. Peu importe le système, l’adversaire et l’enjeu, il y a toujours deux vrais ailiers sur le terrain. Je prends le foot comme un loisir, ce n’est pas mon travail ! Je ne pars jamais avec l’espoir d’arracher un nul ou de faire un hold-up ! Alors, ces choses là arrivent mais me concernant ce n’est jamais prémédité. Ce qui me plaît c’est de mettre des buts, de développer du jeu…

C’est quoi ton futur ? Ton plan de carrière ?

Mon futur proche est à Carnac. Nous sommes en cours de projet et ma tâche est de le mener à terme. Concernant l’avenir, dans le football les choses évoluent très vite donc on ne peut jamais réellement savoir. Personnellement, je n’ai pas d’ambitions démesurées, je suis déjà heureux d’être arrivé où je suis. Cependant, j’aimerai continuer à avancer et passer mes diplômes. La prochaine étape étant le BEF ce ne sera pas évident mais je ferai le maximum comme j’en ai l’habitude.

Fin de l’interview.

Un grand merci à Sébastien pour sa disponibilité, son accueil et sa gentillesse. Merci à lui pour la qualité de cet échange qui vous a permis de voir comment il fonctionnait au quotidien avec son groupe seniors et évoquer son passage du monde des jeunes à celui des adultes. Il a un parcours peu commun qui est animé d’une grande passion; inutile de vous dire que je reprendrais de ses nouvelles pour vous faire partager un nouveau moment de paroles d’entraineur

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