Paroles d’entraineur : Sébastien Mahé 2/3

Suite de l’interview de Sébastien Mahé, entraineur des U19 de l’AS-Ménimur évoluant en championnat DH de la ligue de Bretagne. Dans ces questions, il évoque, le joueur de U19 en fonction de ses aptitudes physiques et de son comportement, mais aussi l’approche qu’il de la planification d’un entrainement.

 

Quels sont pour toi les principales caractéristiques physique du joueur de U19, quels moyens peuvent être mis en oeuvre pour les développer ?

Personnellement, j’insiste sur plusieurs points. Tout d’abord sur l’endurance. L’endurance est une condition indispensable pour mettre en place le fond de jeu. Un joueur qui n’a pas une bonne VMA ne peut pas jouer à un haut niveau car il n’aura pas le rythme suffisant pour une grande partie des matchs. En association avec l’endurance, le joueur de U19 doit gagner en puissance dans les contacts, dans les courses… La puissance est généralement travaillée lors de la séance du mardi avec des exercices de résistance très exigeants avec ou sans ballon. Ensuite, il y a le bloc vitesse/vivacité. Ce travail intervient le jeudi lors de la dernière séance hebdomadaire, celle qui précède le match. Les ateliers se concentrent sur l’explosivité et ont pour base des sprints courts. On favorise l’intensité à la répétition d’où les temps de récupération longs par rapport à l’effort. On commence également à charger davantage le renforcement musculaire en insistant sur les abdos et le travail de gainage ou de proprioception. Il est primordial pour le joueur qui joue plusieurs fois dans la semaine car, grâce à ce travail, il sera moins exposé au risque de la blessure. Autres actions préventives, les étirements. Le manque de souplesse est souvent un problème chez les footeux. Les joueurs ont tendance à négliger ce travail. Pourtant, au niveau du dos, des adducteurs ou autre il est indispensable. Les jeunes s’étirent de manière statique en fin de séance et procèdent en quelque sorte à une révision générale. S’étirer peut être nécessaire en cours de séance, après l’échauffement ou un atelier. A ce moment là, le capitaine prend en charge une courte séance d’étirements activo-dynamiques plus appropriée quand le joueur va rejouer derrière. Enfin, malgré leur âge, beaucoup de jeunes sont encore défaillants en ce qui concerne la motricité. Pour se familiariser avec leur corps il faut multiplier les exercices d’appuis et les jeux multi-tâches. Ce travail de coordination est omniprésent dans les séances.

 

Est-ce que d’un point de vue physiologique le U19 est un petit seniors ?

Dans cette catégorie, les jeunes sont en fin de puberté. Le travail athlétique peut être augmenté dans son contenu et sa fréquence. Durant ses deux saisons de U19 le joueur va connaître un développement de sa masse musculaire. Il va s’alourdir et gagner en puissance. Un U19 est apte à encaisser une grosse séance sénior et physiologiquement prêt à jouer à l’étage supérieur. Par exemple, la saison dernière, les 94 ont rapidement intégré le groupe sénior. En juin ils jouaient en U17 DH et en septembre en DSR ! L’apprentissage ne s’est pas fait en 2 mois mais dès les premières apparitions on pouvait sentir qu’il ne manquait pas grand chose. A la mi-saison, 8 joueurs U18 avaient évolué en DSR et une bonne moitié pouvait postuler à une place de titulaire. Après, il ne faut pas mal interpréter cet exemple. Ce n’est pas forcément bénéfique au joueur de griller les étapes de formation mais son incorporation ponctuelle en séniors est une excellente chose à partir du moment où le niveau est intéressant.

 

Et son fonctionnement psychologique ?

J’ai à faire à des adultes. On discute énormément que ce soit au foot, ou bien par textos ou sur internet. J’aime avoir un contact quasi quotidien avec mon groupe. C’est également un âge où le jeune ressent rapidement le sentiment d’injustice et il faut anticiper ces petits conflits qui émanent d’une incompréhension ou d’une communication inadéquate.

Ce qui prédomine pour ces jeunes c’est le groupe. Ils sont tous potes et évoluent ensemble depuis plusieurs saisons. Ils ont un fort sentiment d’appartenance à l’équipe. Je travaille énormément sur l’amitié et la solidarité. En favorisant cet esprit collectif, on développe leur envie de tout donner sur le terrain. L’aboutissement est l’accroissement de leur combativité.

Après, je prends en compte chaque individualité, chaque jeune a son propre fonctionnement. Certains sont très lucides et ont déjà beaucoup de recul sur leurs performances et celles de leurs coéquipiers. D’autres ont plus de mal à s’auto-évaluer et à se situer. Je pars du principe qu’ils ont tous le même âge mais des degrés de mâturité très hétérogènes. Avant les matchs, je cible les objectifs collectifs (mouvement, rythme, jeu sans ballon…) puis les objectifs individuels (raccourcir le bloc à la perte de balle, rentrée des excentrés dans le bloc, prise en charge de la zone tampon…). Chaque élément a pour mission de respecter ses objectifs personnels tout en répondant aux objectifs collectifs. Ainsi, ils se sentent responsables et sont conscients d’être prépondérants dans la réussite de l’équipe.

 

Combien de séances prévois-tu par semaine ? Quelle est leur durée est-elle fixe ou adaptée à la charge de travail ?

Il ne faut pas surcharger leur emploi du temps. En U19 les garçons ont des échéances scolaires déterminantes pour leur future orientation. Les 95 passent le BAC, les 94 sont en première année de FAC, en IUT ou en BTS… On a trois séances en U17 mais on descend à deux en U19. Ensuite, certaines semaines, les joueurs ont des disponibilités pour s’entraîner davantage. En ce sens, les séances séniors sont décalées sur les autres jours de la semaine comme ça les gars peuvent y participer également. En ce qui concerne la durée des séances elle est variable. Ce n’est pas forcément utile de multiplier ou d’allonger les séances. Il faut privilégier la qualité à la quantité. Quand la séance est bien construite, les ateliers préparés, les exercices rythmés, 1H30 suffisent amplement et doivent représenter un grand maximum. Certaines séances mettant l’accent sur le domaine athlétique peuvent même être écourtées à 1H. Par exemple, en ce moment nous sommes cantonnés au stabilisé, les efforts sont intenses mais douloureux pour les organismes … et les adducteurs, du coup on cible le travail mais on ne fait pas de superflu. Si je vois que le groupe a été performant il m’arrive d’écourter la séance.

 

Comment prépares-tu tes séances ? (planification annuelle, mensuelle, thème abordés…)

Tout d’abord, très tôt dans l’avant saison, je planifie la préparation physique. Je compose directement les 18 séances du mois d’août étalées sur 5 semaines. Cette saison, je suis parti sur 4 séances d’endurance capacité, 10 d’endurance puissance, 4 de vitesse vivacité. Le renforcement musculaire est en fil rouge des 5 semaines et apparaît dans chacune des 18 séances.

Ensuite, sur l’année, les entraînements fonctionnent par séquences. Chaque séquence s’appuie sur un ou plusieurs thèmes. Une séquence se décline en séances, au nombre de 4 à 8 selon les thèmes. Le travail de préparation est hyper long pour l’éducateur. Il m’arrive de mettre 1H15 pour préparer une séance. Cibler les thèmes et penser à des ateliers en adéquation avec ceux-ci. Il faut des exercices simples pour travailler les bases mais différents de ce qui a déjà pu être fait avec ce groupe. Il faut toujours trouver des variantes sans oublier l’aspect ludique indispensable à l’adhésion du groupe. C’est un renouvellement perpétuel en quelque sorte.

En ce qui concerne les thèmes, ils sont nombreux et présentent divers paliers. Il y a le travail défensif: le placement, la défense en ligne, la couverture latérale, la couverture mutuelle, le duel aérien, la gestion du 2ème ballon, le rétrécissement du bloc à la perte du ballon, le replacement sur deux lignes de 4, le pressing immédiat, l’anticipation de la profondeur, la variation du bloc (bas, médian, haut)… Il y a les aspects offensifs: l’utilisation des largeurs, la recherche de la profondeur, les appels-contre appels-faux appels, le jeu sans ballon, la recherche et la création des intervalles, l’appui soutien, le dédoublement…

Au final, la source est intarissable, il y a toujours des thèmes ponctuels résultants des performances du week-end qui viennent s’associer aux thèmes de base (contrôle, passe, conduite, jeu court, jeu long, dribble, frappe, jeu de tête, CPA, gestion du surnombre…)

 

Comment prépares-tu tes matchs ? (élaboration de la compo, choix du système de jeu…)

Le système de jeu est fait par rapport aux joueurs présents. Par exemple, entre septembre et décembre seul un de mes trois attaquants était valide. Du coup nous avons pas mal joué en 4-2-3-1. Là, tout le monde est rentré donc on est repassé sur un 4-4-2. Le système de jeu n’est pas très important, c’est l’animation qui est davantage déterminante. Mes latéraux sont de vrais ailiers et sont au départ de beaucoup de nos mouvements. Sur les attaques placées ils se retrouvent souvent aux avants-postes et la physionomie de l’équipe s’apparente à un 3-4-3. De même, sur les attaques rapides, les ailiers se projettent très rapidement vers l’avant comme dans un 4-2-4. J’évite d’enfermer l’équipe dans un schéma tactique, ça nuit à sa créativité et à sa spontanéité.

La composition de l’équipe est plus complexe à définir. Je m’appuie sur un groupe de 15 joueurs 94 en incorporant régulièrement 3 joueurs de la génération 95. Pour ma part, je compose souvent à 13. Le groupe change peu. J’évite de trop modifier la colonne vertébrale de l’équipe. Les 4 axiaux sont inamovibles. Par contre, il y a une charte qui fonctionne depuis des années. Chaque joueur joue au moins une mi-temps par match. Un joueur ne peut pas être remplaçant deux matchs de suite… Après la gestion est simple à Ménimur. Les joueurs ont toujours évolué au plus haut niveau de ligue et connaissent les règles sinéquanones pour faire tourner un groupe. Je donne le groupe le jeudi en fin de séance. En partant, les joueurs savent s’ils sont titulaires ou non et à quel poste ils évolueront. Concernant mes choix, ils s’orientent vers les joueurs en forme. L’objectif est d’avoir l’équipe la plus compétitive possible chaque samedi en DH. Certaines semaines, avec les absents et les blessés j’ai l’impression de faire un puzzle.

 

Fais-tu beaucoup de tableau noir avec tes joueurs ?

La partie tactique est effectivement incontournable. En DH ça prime sur le reste. Certaines équipes parviennent à obtenir des résultats surprenants en ne jouant que sur cette facette du jeu. De ce fait, une équipe qui n’est pas parfaitement en place devient une proie facile. A ce niveau chaque faille est immédiatement exploitée par l’adversaire. Maintenant, d’un point de vue pédagogique, j’essaie de limiter la théorie en salle. On travaille énormément sous forme jouée, sur des ateliers ou des mises en place. Par exemple, dans l’optique d’affronter Châteauroux, nous avons travaillé sur un bloc bas. Le 11 de départ était positionné et devait se déplacer selon le mouvement du ballon entre 4 adversaires (2 ailiers, 1 attaquant situé entre les milieux et les deux attaquants, un meneur inattaquable). Ensuite nous avons ajouté le cadrage de l’adversaire sur les ailes afin de réduire les angles de passe, le deuxième ballon suite au duel aérien d’un attaquant avec l’un de nos défenseurs (couverture mutuelle), les projections rapides vers l’avant par les ailiers dès la récupération, puis le repli défensif à la perte de balle avec le rétrécissement rapide du bloc équipe. Ce type d’exercice remplace, en partie, la longue séance de tableau noir traditionnelle. Par contre, avant les rencontres, les joueurs ne peuvent pas y échapper.

 

Comment gères-tu tes discours d’avant match ? Sur quoi insistes-tu ?

La causerie est le préambule du match. Je la prépare le jeudi et le vendredi. C’est un travail précis qui demande un renouvellement permanent. Une partie du match se joue là ! En général, j’essaie d’être concis dans mon allocution. Je fais un bref retour sur l’adversaire et ses statistiques du moment. Ensuite je mets le doigt sur les plus et les moins de nos dernières sorties. Puis, un peu plus long, je passe les aspects du jeu en revue (comportement à la perte du ballon, animation offensive, CPA, organisation du pressing…). Rien ne doit être laissé au hasard, chacun doit savoir ce qu’il a à faire (qui va dans le mur sur les coups francs adverses, qui va où sur les corners…). Je passe au crible les objectifs collectifs puis j’embraye sur les objectifs individuels. Si nous sortons d’une défaite je n’hésite pas à piquer les joueurs au vif pour les secouer un peu.

Chaque week-end ils ont le droit à une mise au point complète:

1. système de jeu et compo

2. stratégies défensives à la perte du ballon, type de pressing

3. animation offensive

4. stratégies offensives et défensives sur coup de pied arrêté

5. rappel des circuits préférentiels.

En gros ça représente 20 à 30 minutes mais le groupe est réceptif et a intégré que ce passage est obligatoire pour espérer prendre des points. La rigueur prend une nouvelle dimension en U19. Ce sont des moments forts lorsque les joueurs adhèrent au discours. Certains matchs se gagnent là c’est une certitude. Parfois quand je les vois sortir du vestiaire surmotivés j’ai une pensée compatissante pour l’équipe adverse.

Dernière partie cette semaine !

Le foot, mais plus précisément l'entrainement de foot me passionne. Depuis plus de 10 ans, j'apprends, j'applique, j'échange au maximum pour améliorer sans cesse mon approche de la gestion de groupe. Avec ce site, je propose d'apporter le maximum d'informations aux entraîneurs à la recherche de supports pour devenir plus efficaces.

1 réponse
  1. roquet jean claude
    roquet jean claude dit :

    bonjour cédric superbes explications non seulement sur la stratégie défensive mais encore sur la strategie offensive . ce commentaire est riche d’enseignements sebastien Mahé est un entraineur compétent et un perfectioniste il nous fait ressentir l’expérience du terrain
    jean claude

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