Entretien avec un entraineur : Sébastien Mahé 1/3

Nouvelle rubrique ce jour avec l’arrivée de l’interview. Au fil de la saison je vais partir à la rencontre d’éducateur de tous horizons afin de découvrir leur manière de coacher, leur vision des choses. Aujourd’hui c’est un Breton qui est à l’honneur, puisqu’il est éducateur en U19 dans le club de l’AS.Ménimur du côté de Vannes.

Cette saison il évolue en DH et a emmené son groupe en 32ème de finale de la coupe Gambardella. Découvrez comment un passionné pas du tout issu du monde pro a réussi à atteindre ce niveau et comment il continue à progresser. Dans son interview vous allez découvrir un entraineur passionné qui est un véritable formateur dans un club tourné à 100% vers les jeunes. Même si les noms cités ne vous parlent pas l’expérience retranscrite à travers ses 23 questions est riche d’enseignements. Bonne lecture.

Nom : Mahé

Prénom : Sébastien

Age : 31 ans

Club : AS.Ménimur

Peux-tu nous présenter ton parcours de footballeur et d’éducateur ?

J’ai commencé le foot à l’âge de 5 ans aux JV d’Auray en 1986. J’ai joué 8 saisons des débutants aux pupilles à 11. Ensuite, j’ai décidé d’arrêter pour suivre mes deux jeunes frères. J’ai commencé à participer aux entraînements débutants en tant qu’assistant. Puis, je me suis investi dans l’école de foot en général. Le samedi j’aidais Gwenaël Guichard et le mercredi je participais aux entraînements pour seconder Thierry Padellec. Quand la génération 87 est arrivée en moins de 13 ans, j’ai eu l’envie d’en devenir responsable. Le président de l’époque, Jeff Guichard, m’a fait confiance malgré mon jeune âge. La première année, Alain Foulon entrainait et moi je coachais le samedi. Puis, j’ai pris l’ensemble des responsabilités par la suite. J’ai suivi cette génération 7 ans jusqu’à leur passage en séniors. Une fois ce cycle terminé, j’ai eu envie de voir autre chose. Enzo Isoardo, un grand ami, a fait le forcing pour que je le rejoigne à Ménimur. Hervé Levallois, alors co-responsable des jeunes m’a rencontré et présenté le projet. J’ai accepté très rapidement. J’ai pris en charge la 15 ans B en PH avec comme responsable de catégorie Enzo. En fin de saison, ce dernier a rejoint les séniors et m’a laissé les clés de la maison. Durant 3 saisons j’ai entrainé les moins de 15 ans (puis U17). Enfin, depuis deux saisons, je m’occupe du groupe U19. En gros, j’ai fait 20 ans aux JV d’Auray dont 8 comme joueur puis 7 saisons à l’ASM.

 

Peux-tu nous présenter ton club l’AS Ménimur ? nombre de licenciés – niveaux – politique etc…

L’ASM est une grosse structure. L’association comptabilise 500 licenciés. L’école de foot est très performante dans toutes les catégories, notamment en U11 avec un groupe déjà exceptionnel. En ce qui concerne le foot à 11, le club compte 7 équipes de jeunes dont 6 dans les championnats de ligue. Trois en U15 avec entre autre une DH Elite et une PH. Deux en U17 avec une DH et une PH. Deux en U19 avec une DH et une PH. Preuve de notre excellente santé actuelle, nos équipes B sont toutes sur le podium actuellement. Le club se veut club formateur et met en œuvre des efforts colossaux pour s’en donner les moyens. Nous sommes nombreux en tant qu’éducateurs, dirigeants ou bénévoles pour encadrer tout ce petit monde. Enfin, en séniors, le club possède 4 équipes réparties comme cela: DSR, PH, D1, D2. La transition jeunes-seniors est l’objectif majeur depuis plusieurs saisons. C’est le projet de Christian Guégan, il incorpore les 19 aux groupes DSR et PH afin de préparer l’avenir.

Cette structure fonctionne grâce à un noyau dur de bénévoles qui se mobilisent depuis de longues saisons et se démènent pour que nous puissions travailler dans les meilleures conditions.

Au niveau du club, quelles sont les relations entre les différentes équipes, les éducateurs ? Y a-t-il une commission technique ?

La communication est excellente et l’entente très forte entre les catégories. J’ai beaucoup de contacts avec le responsable U17. Je viens parfois l’aider sur un thème ou lors de manifestations particulières. Il en fait de même avec les U19. Pour symboliser cette osmose je peux prendre ce début de saison comme exemple. Mon gardien de 19 DH s’est sévèrement blessé et a été absent de septembre à fin décembre. Le portier des U17 DH a assuré l’intérim. Le décloisonnement a été parfait et a permis aux U19 de rester à flots. La transition U17-U19 est donc très bonne. L’autre transition me concernant est celle entre les U19 et les séniors. Les entraîneurs séniors s’impliquent dans la formation des jeunes. Christian Guégan est omniprésent autour des U19. Il les prend à l’entraînement, en match et ne râte pas une rencontre de l’équipe. Il a un regard avisé et bienveillant sur ces joueurs en devenir. Enzo Isoardo qui s’occupe de la réserve sénior s’implique également et nous accompagne dès qu’il en a la possibilité. Yann Batton le coach de la D1 nous a suivi toute la saison dernière et nous a dépanné à la touche toute la deuxième partie de saison. Nous sommes collègues mais nous sommes également amis.

Le club est hyper structuré. Il y a une commission technique qui se réunit régulièrement. Cette commission est dirigée par Yannick Tual assisté de Pierrick Tudal. Déjà, une fois par mois, nous nous retrouvons pour parler d’un thème précis. Par exemple, en janvier, nous avons mis en commun nos idées sur l’animation offensive. Christian Guégan a ouvert la discussion en décrivant son 4-4-2 en losange et l’animation offensive qu’il met en place selon les matchs. Ensuite, chaque éducateur a expliqué ses principes de jeu dans son système de jeu. Nous ne jouons pas tous dans le même système: Franck Denic en U15 adapte ce 4-4-2 losange, mais Bertrand Lamoureux prône davantage un 4-1-4-1 alors que moi en U19 j’oscille entre un 4-4-2 à plat ou un 4-3-3.

Ensuite, 5 fois dans l’année, nous faisons un bilan complet sur toutes les équipes. C’est très long en général, mais chacun essaie d’apporter des solutions aux problèmes rencontrés dans les autres catégories. Ces réunions sont très animées et très riches. Cela nous permet d’avoir une vue d’ensemble et d’avoir des transitions simples quand les groupes changent de catégorie.Ménimur est une formidable école, que se soit pour les joueurs ou pour les éducateurs.

Comment es-tu arrivé dans ce club ?

Je sortais de trois saisons en moins de 18 ans à Auray avec 3 montées et un passage express de la Division Supérieure à la DRH. En fin de saison j’ai reçu quelques sollicitations jeunes et séniors. Ne me sentant pas prêt à franchir le pas, je me suis concentré sur les propositions « jeunes ». Le duo Enzo Isoardo / Hervé Levallois m’a très vite convaincu. D’un point de vue sportif la proposition était très intéressante. Il y avait un véritable projet et les infrastructures pour le mener à bien. De plus, d’un point de vue géographique, je rentrai au centre de formation des professeurs à Arradon ce qui me rapprochait de Vannes.

Cela fait plusieurs saisons que tu suis ce même groupe de joueur, c’est une volonté du club ou un choix perso ?

J’ai d’abord eu les 92 durant deux saisons, une super génération avec laquelle nous sommes montés en 15 DH. Ensuite, les 93 et 94 sont arrivés. Il y avait de la qualité et beaucoup de potentiel. J’étais parti pour faire deux saisons avec eux comme précédemment. A la base, ce suivi n’était absolument pas envisagé par le club ou par moi-même. Avec le changement de catégorie et le passage de moins de 15 ans à U17, j’ai eu le même groupe durant 3 saisons. J’avais préparé la saison à venir avec la génération suivante (95). Le recrutement était fait et j’étais motivé par ce nouveau challenge. En U19, il y avait plusieurs postulants pour succéder à Polo Jaffré qui sortait de deux belles saisons avec notamment un 32ème de Gambardella contre le SCO d’Angers. Plusieurs joueurs ont fait le forcing pour que je monte. Je pense qu’ils craignaient de repartir à zéro avec un nouvel entraîneur arrivant de l’extérieur. D’autres parlaient de changer un peu d’air et ça m’a gêné. J’ai vu trois ans de travail et d’amitié mis entre parenthèses et j’ai commencé à réfléchir. Finalement, j’ai rencontré les garçons et on a décidé que si je montais avec eux, tout le monde restait. Yannick Tual, responsable technique des jeunes, m’a fait confiance et m’a donc confié le groupe U19. Ce changement de catégorie n’était pas prévu mais à ce jour je n’ai jamais eu à le regretter.

Quels en sont les avantages ?

Il y a beaucoup d’avantages. D’un point de vue sportif, je les connais parfaitement. J’ai suivi leur évolution depuis qu’ils ont 13 ans ce qui me facilite la tâche pour définir les axes de progression. D’un point de vue humain, nous vivons quelque chose d’exceptionnel. Il n’y a jamais eu le moindre souci en 5 saisons. Jamais un joueur ou un parent n’a remis en cause ma gestion. Les joueurs s’aiment énormément entre eux. Ils sont tous amis et se voient en dehors du foot. Entre eux et moi, il y a pléthore d’affinités. On se fait confiance et on est présents les uns pour les autres. L’ambiance qu’il peut y avoir est inimaginable, c’est une belle famille.

Les inconvénients ?

Il y en a peu mais il y en a quand même. Tout d’abord, contrairement à ce qu’on peut croire ça complique la préparation des entraînements. Pour qu’il n’y ai pas de lassitude je fais en sorte de ne jamais refaire un exercice plusieurs fois avec un même groupe. Plusieurs centaines de séances avec des exercices tous différents permettant de travailler des thèmes récurrents ça demande beaucoup de travail. Mais bon, ce n’est pas une plainte de ma part car j’adore ça. Autre inconvénient, on peut passer à côté de joueurs qui émergent. Quand un joueur a joué en réserve plusieurs saisons, ce n’est pas évident de lui donner la place d’un autre qui est en A depuis le départ. Il n’est pas aisé de casser les cadres établis et de ne pas cataloguer les joueurs que ce soit dans un sens ou dans l’autre. L’affectif peut rentrer en ligne de compte et ce n’est pas bon pour l’aspect sportif même si je ne pense pas être injuste, j’ai toujours la crainte de blesser certains joueurs. Enfin, l’inconvénient le plus certain est le risque de formater les joueurs dans un système de jeu et une philosophie de jeu propre à l’entraîneur. De ce fait, je change de système régulièrement pour qu’ils s’adaptent à toutes les éventualités en séniors. Autre mesure prise dans ce sens, la collaboration avec mes collègues. David Galazzo intervient ainsi deux fois par semaine à mes côtés. Il a une excellente approche, différente de la mienne ce qui nous permet de confronter nos avis. Une collaboration efficace et très utile pour nos jeunes. De même, le groupe navigue régulièrement avec Christian Guégan qui les aguerrit au niveau sénior. Depuis l’an dernier, Bertrand Lamoureux apporte également sa pierre à l’édifice et oeuvre à nos côtés pour élargir leur vision du foot et apporter de la diversité avec sa précieuse expérience d’ancien pro.

Sur ces diverses saisons est-ce que tu as vu des joueurs moyens devenir aujourd’hui des éléments clefs de ton effectif ? Comment ont-ils fait pour y parvenir ? Comment as-tu procédé pour y parvenir ?

Si je prends l’équipe qui a disputé le 32ème de coupe Gambardella dernièrement, deux exemples me viennent naturellement à l’esprit.

Le premier: Selwann Akbas qui a connu les équipes C en U15 et U17. Puis, son état d’esprit en a fait le capitaine de U17 B lors de sa seconde saison à ce niveau. Je lui ai donné énormément de responsabilités. Je n’ai jamais eu à le regretter. L’an dernier, il a continué l’aventure à mes côtés en acceptant le capitanat des U19 B. Il avait mon entière confiance et son jeune âge ne m’effrayait pas. Cette saison, il était parti pour encadrer les 95 en PH. Et puis il a passé un palier. Il avait des qualités techniques depuis toujours mais il manquait quelque chose pour reproduire en DH ce qu’il était capable de faire en PH ou aux entraînements. Cette saison il a explosé et a été décisif à plusieurs reprises en championnat ou en Gambardella. C’est le joueur qui aime le plus s’entraîner, il s’impose une séance quotidienne quasiment, comme quoi le travail finit toujours par payer.

Le second exemple est Antoine Peuchant. Dès son arrivée en moins de 13 ans, il était très prometteur. Chaque saison, il commençait en équipe A, puis il glissait vers la B. Récupérateur très technique, il faisait la pluie et le beau temps en PH. Mais sa polyvalence lui était néfaste, il venait en A pour dépanner en 2, à l’aile, en 10… De plus, je pense qu’il manquait d’ambitions. Cette saison dès la prépa je l’ai trouvé changé, plus mûr. J’ai senti qu’il postulait sérieusement à la DH qu’il ne voulait pas gâcher cette dernière chance en quelque sorte. Il a commencé les amicaux en charnière centrale et a réalisé de belles prestations. Finalement, il s’est imposé au poste où il y avait sans doute le plus de concurrence. Son association avec Maxime Le Tallec a été vantée dans les médias dernièrement. A ce jour, il frappe aux portes de la DSR et ce n’est que justice. Pour vous dire à quel point il est investi, il rentre de Dinan le jeudi soir pour s’entraîner et repart le vendredi matin.

Timothée Guillaumot et Seb Le Diverrès sont pour beaucoup dans l’éclosion de ces deux joueurs. Ils les ont poussés durant plusieurs saisons et ont toujours cru en eux. Ils avaient prévu ce changement de cap très tôt lors de leur préformation.

La suite de l’interview la semaine prochaine, réagissez à l’article en laissant un commentaire ci-dessous.

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